Dans le cadre de la sortie de mon 6e livre, j accueille aujourd’hui avec un grand plaisir la première auteure d’une longue liste : Agnès-Martin Lugand. Vous pouvez aussi retrouver son livre Les gens heureux lisent et boivent du café ici : http://www.amazon.fr/dp/B00BNCOBB8/

Bonjour Agnès, pouvez-vous nous parler un peu de vous ? Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?

Je suis psychologue clinicienne de formation. Au cours de mes études et de mon activité professionnelle, j’ai eu de nombreuses occasions d’écrire. Rien à voir avec le roman, j’ai écrit plusieurs mémoires, nourris par mes lectures psychanalytiques, dont les thèmes allaient de la figure du Grand Homme à la maternité en situation d’exil, ensuite, j’ai rédigé des rapports pour les juges des enfants. Donc, comme je le disais, très loin de la littérature. Cependant cela m’a donné le goût de manier les mots.

L’écriture telle que je la vis actuellement a toujours été enfouie au fond de moi. Et puis, la vie m’a donné du temps, le hasard m’a fait penser à l’histoire de mon roman. J’ai pris mon courage à deux mains, ouvert mon ordinateur, et me suis lancée. C’était il y a trois ans, et depuis on ne m’arrête plus.

Après avoir écrit en solo durant un an, j’ai eu l’envie et le besoin de me confronter à l’avis d’un professionnel, de ne pas être ménagée et d’évaluer mon écriture. J’ai rencontré Laurent Bettoni, et j’ai eu l’immense chance de suivre un de ses tutorats. J’ai trouvé mon style, j’ai travaillé mon écriture, la structure de mon récit et de mes personnages. J’ai appris à servir mon texte au profit du lecteur.

les-gens-heureux-lisent-et-boivent-du-cafeComment en êtes-vous venu à vous intéresser à la plateforme d’autopublication Kindle ? Pensez-vous qu’il faille être présent sur d’autres plateformes d’ailleurs ?

Au terme de la dernière réécriture de mon roman, je n’ai pas souhaité le soumettre à nouveau à des éditeurs traditionnels, je n’avais plus envie de perdre mon temps à attendre une réponse qui ne viendrait peut-être jamais. Ce qui m’intéressait et me stimulait, c’était d’avoir des lecteurs, tout du moins, leur proposer mon texte et pourquoi pas une rencontre entre eux et moi.

La meilleure solution est l’auto-édition, et par voie de conséquence la plateforme Kindle. De plus, j’avais assisté à l’expérience heureuse de Laurent Bettoni, et il m’a proposé de m’aider et de me guider dans cette nouvelle nébuleuse. Cette création d’une petite entreprise était pour moi une aventure grisante, passionnante et très clairement ça m’a donné des fourmis dans les jambes, une motivation et un entrain du tonnerre.

Si l’on a la possibilité de transformer son fichier en Epub, je suis d’avis d’être présent sur plusieurs plateformes, pourquoi se priver de visibilité ? Amazon est la plus compétitive, cependant, cela ne coûte rien d’aller voir ailleurs.

J’ai appris récemment que vous aviez signé votre roman Les Gens Heureux Lisent et Boivent du Café chez Michel Lafon. A ma connaissance, vous êtes la première auteure autopublié à le faire. Comment en êtes-vous arrivés là ? Avez-vous gardé vos droits numériques ?

J’ai été contactée après trois semaines de présence sur Amazon par Florian Lafani, éditeur et aussi responsable du développement numérique chez Michel Lafon. Il avait lu mon roman et souhaitait savoir si j’étais intéressée par une publication dans une maison d’édition dite « traditionnelle ». Je n’ai pas dit oui d’emblée. Nous avons engagé la discussion. J’ai réfléchi à ce que j’avais à gagner ou perdre en quittant le statut d’indépendant. Jusque-là, je m’en sortais très bien toute seule.

L’attrait principal pour moi a été de pouvoir étendre mon lectorat et de permettre à mon livre que sa vie se poursuive au-delà de quelques semaines. Cependant, cette signature de contrat n’était pas à n’importe quel prix. Si Michel Lafon m’avait demandé de changer mon titre, ma couverture ou encore de modifier une partie de mon texte, je refusais purement et simplement ! Je partais du principe que ma formule avait fonctionné jusque-là, et on ne change pas une équipe qui gagne. Ils ont accepté.

En ce qui concerne les droits numériques, ils souhaitaient exploiter le roman aux deux formats, logique… On ne peut pas tout exiger lorsqu’on signe avec une maison d’édition, le beurre, l’argent du beurre et la crémière. Alors oui, j’ai cédé une part de mes droits numériques. Mais en échange, mon roman va bénéficier de toute la structure commerciale et marketing de la maison.

Le contrat qui nous lie maintenant, je le vois comme un échange de bons procédés. L’avenir nous dira si cela fonctionne, si j’ai eu raison de renoncer à mon indépendance. Précision de taille, en conservant tout ce qui fait le sens de mon livre, je n’ai pas l’impression d’être dépossédée de mon travail.

[Note de Mohamed] Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille vivement de regarder cette vidéo. Les confidences et le sourire d’Agnès sont à ne surtout pas louper.

A quoi attribuez-vous votre succès ? Vous êtes-vous appuyés sur une communauté préexistante ?

Je suis lucide. Lorsque j’ai mis en ligne mon roman, j’ai fait une offre promotionnelle de lancement à 0,89 euro. C’est forcément attractif pour le lecteur qui ne prend pas beaucoup de risque en achetant un livre à ce prix. C’était une façon de me rendre visible rapidement. Ensuite, j’ai activé mes réseaux personnels dès la première heure, en les suppliant d’acheter tous en même temps mon roman:-). De cette façon, j’avais la possibilité de mettre le pied dans le classement des ventes.

C’est ce qui s’est passé, puisque le premier soir, si mes souvenirs sont bons, j’étais en 97e position dans le fameux Top 100, ce qui pour moi représentait déjà un exploit. J’ai cru avoir un arrêt cardiaque ! Ensuite, les évènements se sont enchainés, j’avais puisé dans ma réserve de connaissance, et ce sont des lecteurs inconnus qui se sont mis à acheter mon livre. J’ai grimpé, grimpé, grimpé dans le Top 100, pour finir par intégrer le Top 10 le premier week-end. Le bouche à oreille a pris le relai. Et un jour, j’ai pris la première place, j’ai encore du mal à y croire…

Ensuite, j’ai eu la chance d’avoir un papier dans un quotidien régional, une interview sur le blog de Laurent Bettoni, Écran total, une sur le blog de Chris Simon, le Baiser de la mouche, et un passage télé sur une chaine régionale. Toutes ces petites « grandes » choses ont largement contribué à mon succès. Je ne remercierai jamais assez les uns et les autres.
Des différents retours que j’ai pu avoir, je sais aussi que ma couverture ( merci à Paolo Pizzimenti pour sa magnifique photo), ainsi que mon titre ont eu un impact majeur et ont titillé la curiosité de lecteurs potentiels.

Mais, c’est une question qu’il faudrait surtout poser à mes lecteurs ! Si je synthétise leurs retours, on me dit que mon texte transmet des émotions, tristesse, rire… D’autres m’ont dit que ce qui était intéressant c’est que je raconte une histoire, simple et complexe à la fois, qu’il est assez facile de s’identifier au personnage principal, que nos capacités d’empathie sont sollicitées, et c’est la raison pour laquelle on a envie d’aller au bout, de savoir.

Quelles sont les plus grosses erreurs que vous ayez commises ? Avez-vous pu mesurer leurs impacts négatifs ?

Je n’ai pas pour habitude de regretter ce que je fais. J’ai tenté une aventure pour aller au bout de ma démarche, de mon projet d’écriture, justement pour ne pas avoir de regret. Pour moi, l’erreur aurait été de ne pas me lancer. Tout ça est encore très frais pour que je puisse véritablement juger mon début de parcours.

Vous vous rendez compte à l’heure où je réponds à cette question, cela ne fait que deux mois et quelques jours que mon roman est en ligne, et que je vis dans un rêve éveillé ! Et du coup, je crois que si j’ai commis des erreurs, parce que j’en ai fatalement commis, je les referais avec la même innocence !

Avec le temps, voyez-vous des choses que vous auriez pu/du faire pour réussir à un plus haut niveau encore ?

Si j’avais su quelques mois auparavant que j’allais prendre cette décision de me lancer dans l’auto-édition, j’aurais appris plus vite à utiliser les réseaux sociaux, indispensables à une démarche d’indépendance. Malgré mon ignorance facebookienne, je crois pouvoir dire que je m’en suis bien sortie. Et si on dit souvent qu’on en veut toujours plus, là ce n’est pas mon cas. De quel droit réclamerais-je davantage ?

J’ai eu tout ce que je souhaitais avec l’autopublication de ce premier roman, la rencontre avec des lecteurs (qui n’a pas de prix), un contrat avec une maison d’édition (que je n’attendais pas, ni que je cherchais), un succès à la clé (dont je n’aurais jamais osé rêver). Mais à ça, je rajoute, la réponse à la question que je me posais depuis longtemps, je sais que je n’arrêterais jamais d’écrire… peu importe mon avenir littéraire.

Pour vous, l’avenir de l’autoédition sera comment ? Comment vous y préparez-vous ?

Je le souhaite le plus florissant possible, avec une réelle reconnaissance des auteurs indépendants. Il faut que les choses et les avis bougent sur le sujet. J’espère que nous entrons dans une période de bouleversement du monde de l’édition et de la littérature. Ce sont les auteurs et les lecteurs qui la font, et c’est ça qui doit être au cœur du débat.

Moi, comment je m’y prépare ? Difficile à dire puisque je viens de signer dans une maison. Cependant à mon petit niveau, je ferais tout mon possible pour évoquer la qualité de la littérature indépendante.

C’est grâce à l’auto-édition que j’ai un tel parcours, jamais je ne la renierai. Et qui sait ce que l’avenir me réserve ? Peut-être qu’un jour, je reprendrais ma place d’auteur indépendante…

Voulez-vous ajouter quelque chose ?

Oui, je veux bien ! Lorsqu’on décide de s’auto-éditer, il faut faire le job correctement, professionnellement. Il faut avoir travaillé d’arrache-pied son texte, ses corrections, sa couverture. Pour que l’auto-édition gagne ses lettres de noblesse, il faut produire de la qualité, et non des textes criblés de fautes et de coquilles ou sans structure. Il faut faire en sorte que les auteurs ne passent pas pour des ratés.

La condition pour prendre de la valeur auprès de lecteurs et du monde de la littérature, c’est d’être irréprochable dans son travail, quitte à prendre plus de temps. Il faut apprendre à être patient pour y arriver. Cela demande des efforts, des heures de travail, de la concentration, de la rigueur. Si nous souhaitons être des auteurs, ne prenons pas notre travail à la légère.

Un grand merci pour votre temps et l’aide que vous apportez aux auteurs. Celles et ceux qui le souhaitent peuvent vous retrouver sur cette page facebook. Vous pouvez aussi retrouver son livre Les gens heureux lisent et boivent du café ici : http://www.amazon.fr/dp/B00BNCOBB8/

Merci à vous Mohamed pour vous être intéressé à mon parcours. C’était un plaisir de répondre à vos questions. Bon vent, belle route à vous, et vos projets.

Couverture Comment Vendre Son Livre sans faire le tapinVous pouvez retrouver cette interview et bien d’autres auteurs (ainsi qu’un grand nombre de conseils quant à l’autoédition) dans mon sixième livre Comment Vendre Son Livre Sans Faire Le Tapin. Profitez-en, il est à 0.99€. Cliquez sur l’image.