En 2007, j’arrivais dans un pays dont la culture et les manières étaient si éloignés de mes standards que j’ai connu un sentiment dont j’ignorais jusqu’à l’existence : le refus du changement !

Ce qu’il est intéressant de noter immédiatement, c’est que ma femme n’est pas passée par ce même refus. C’est important parce qu’elle, contrairement à moi, n’est pas issue d’une double culture. D’aucuns auraient pu croire qu’avec mes origines arabes et mon éducation française, j’aurais pu être mieux loti mais il n’en était rien.

Des années après ces mois de confusion, il m’apparaît que je n’acceptais pas que les choses aient changées de manière aussi radicale et aussi rapide autour de moi. Bien entendu, dans une vie les changements ne sont pas toujours aussi violents que les 12 heures d’avion qui séparent la France de l’Inde (en fait ils ne le sont jamais) mais il y a tout de même un certain nombre de leçons à retirer de cette expérience.

L’acceptation sans compréhension

Si vous lisez ces mots vous êtes francophones. En fait les statistiques de mon blog disent que 6 personnes sur 10 qui me lisent sont Françaises. Pourquoi m’intéresser à votre nationalité ? Parce que je voudrais me concentrer pour l’instant sur nous, occidentaux.

Si vous demandez à un occidental de situer le centre de son être, il y a de très fortes chances qu’il montre sa tête. Nous filtrons absolument toutes nos expériences à travers la compréhension qu’en a notre cerveau. Et il y là deux grands danger :

– Vous n’êtes pas très intelligent (au sens commun du terme)

Dans ce cas, vous allez essayer de comprendre une situation à travers un instrument défaillant… mais vous n’en saurez rien parce que par définition… comment le savoir puisque l’instrument est défaillant. Le cerveau qui essaie de comprendre la situation est celui-là même qui juge de sa capacité (ou incapacité) à comprendre la situation.

– Vous êtes intelligent

Dans ce cas, c’est pire. Vous êtes habitués à avoir raison et il n’y a rien de pire pour le changement que quelqu’un qui est habitué à voir ses prédictions se réaliser. J’en sais quelque chose car je fais partie de cette catégorie. En fait, si vous lisez ces mots, il y a de fortes chances que vous fassiez aussi partie de cette catégorie.

Les gens intelligents ont l’habitude de jouer de leurs gros neurones. Ils savent manipuler des situations à leur avantage car ils comprennent rapidement ce qui est en jeu. Le danger là derrière est d’y prendre gout… sans savoir qu’on y a pris gout.

Changer est une question de remise en question avant tout. Remise en question :

  • de ses croyances
  • de ses connaissances
  • de sa zone de confort
  • etc.

Or, plus on est intelligent, moins on a l’habitude de cet exercice. D’ailleurs, pourquoi y serait-on habitué puisque d’habitude l’absence de remise en question ne nous pénalise que très rarement.

« Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien » disait Socrate.

Il y a beaucoup d’humilité dans cette phrase et je pense que nous, personnes intelligentes, avons beaucoup à apprendre de cette humilité.

Accepter le changement doit se faire parfois dans l’incertitude de ce qui arrive. Vous n’avez pas forcément besoin de comprendre tous les tenants et aboutissants d’une situation pour accepter qu’elle change. En fait, vous en avez même rarement besoin. Il s’agit d’une habitude mentale que vous avez prise plus qu’autre chose.