Cela fait 4 semaines que SemeUnActe est quelque peu léthargique, et pour cause. Avec ma petite famille, nous avons décidé de prendre un petit mois de vacances. Je vous avoue que nous en avions bien besoin, nous avons pas mal bossé durant ces derniers mois avec ma femme, et j’avais la certitude que l’endroit où nous allions était tout… sauf à la pointe des connexions Internet.

J’ai pu ainsi prendre du temps pour lire et je peux vous dire que je vais bientôt chroniquer un Paulo Coelho, un Dan Brown et un Jean-Philippe Touzeau :-)

Nous sommes donc allés dans le pays de mes origines, l’Algérie. Comme c’était la première fois pour ma femme et mes enfants, nous avons bénéficié de la formule « bonne prise de tête » avec le consulat et Air Algérie. D’ailleurs si vous avez un jour dans l’idée de vous rendre dans ce pays, lisez l’article suivant : comment planifier vos vacances familiales en Algérie, il vous dira tout.

Je vous avoue que je ne m’y suis pas rendu depuis 2009, mais je ne m’attendais pas à de grands changements. Pour indication, j’habite la préfecture de Mila dans l’Est Algérien. Je suis à deux heures de route de la frontière Tunisienne.

Comme chaque année, j’ai eu raison

Pour pas mal de choses en fait :

  • La corruption fait que les villes sont mal entretenues. Routes non conformes en matière de sécurité et cela à tous les niveaux.
  • La corruption fait que les énormes contrats vont toujours dans les mains des mêmes entrepreneurs.
  • Il est difficile de se soigner dans les hôpitaux publics. Les plus riches choisissent les cliniques privées ou tout simplement de venir se soigner en France.

Je vous avoue que ce point est bien ce qui m’ennuie le plus en Algérie. Les Algériens répètent sans arrêt que tant que la santé va, tout va. Le fait est que je leur donne raison, j’ai beau être le genre de personne jamais satisfaite, je sais que tant que je suis en bonne santé, l’atteinte de mes objectifs n’est qu’une question de temps.

En un sens, on peut dire que les choses se sont tout de même améliorées en la matière. Il est aujourd’hui très facile d’avoir accès aux médicaments et d’être remboursé à hauteur de 80%. Les plus aisés peuvent même prendre des complémentaires qui se chargeront des 20% restants.

Cependant, que cela ne cache pas le fait qu’il est encore très difficile d’être opéré dans un hôpital public. En fait, si vous ne connaissez pas personnellement un médecin qui peut vous mettre sur la liste d’attente (et en haut si possible), il vous sera très difficile d’être opéré rapidement, j’entends en moins de 3 mois.

J’ai d’ailleurs personnellement eu à enterrer l’enfant de 2 mois d’un ami très proche et cela parce qu’une infirmière l’avait placé juste en dessous de la climatisation. Le petit étant né avec une malformation cardiaque n’y aura pas survécu plus de 5 jours. Paix à sa toute petite âme.
Cela aura eu au moins le mérite de me faire arrêter les blagues idiotes sur mes propres enfants et sur le fait que je serais plus tranquille si je ne les avais jamais eu… oui j’ai parfois un humour tout à fait spécial.

Mais cette année, j’ai eu tort

Je vous avoue que la raison principale qui fait que je vais en Algérie tous les 2 ou 3 ans, c’est ma famille. J’ai gardé des liens très forts avec mes cousins et cousines et j’aime à prendre de leurs nouvelles et voir ce qu’ils deviennent. Le fait que mes parents nous aient emmenés tous les ans lorsque nous étions jeunes n’y est pas étranger. Nous avons appris à connaitre et à aimer cette famille lointaine (au moins géographiquement). Aujourd’hui je réitère cela avec mes enfants, car je pense en effet qu’on ne peut arriver nulle part si on oublie d’où on est partie.

Cette année, j’ai eu donc l’agréable surprise de voir de nombreuses réussites grâce à un programme gouvernemental qui s’appelle « lançage ». Oui, prononcez le N et le mot devient miraculeusement un mot algérien, pas arabe, juste algérien.

Pour l’anecdote, ma femme qui est française de souche comme on dit, comprend très bien l’algérien puisqu’en fait c’est du 50% arabe, 50% français.

Pour comprendre le programme Lançage, il faut un minimum de connaissances sur les spécificités de l’économie algérienne, mais aussi de la population algérienne. Je vais faire court.

Le président actuel, M. Bouteflika, à pris les rênes du pays en 2002. Il a dû d’abord faire cesser le terrorisme et quand il a réussi, il s’est attaqué au chantier économique. Il a vite compris que s’il faisait revenir les entreprises étrangères, il aurait de l’argent pour d’autres chantiers colossaux.

L’Algérie à donc noué principalement des partenariats avec trois grandes nations. La France (parce qu’historiquement… tout le monde sait…), les États-Unis et la Chine. Pourquoi ces trois-là ? Parce que les 3 étant amis politiquement, l’Algérie resterait stable. Parce que les 3 étant ennemis économiquement, l’Algérie profiterait des mésententes.

Aujourd’hui l’Algérie compte 40 millions d’individus dont la majorité est jeune. Le pays n’a plus aucune dette et profite même de caisses excédentaires à hauteur de 250 milliards de dollars. Pour information, notre pays est déficitaire à hauteur de plusieurs milliers de milliards d’euros.

La question s’est donc finalement posée : quoi faire de cet argent ? De grands chantiers ont été lancés. L’autoroute principale qui relie l’Est à l’Ouest et les 3 grands barrages d’eau en sont des exemples. Le programme « lançage » en est un autre.

L’idée est simple : si vous avez une idée et si vous arrivez à convaincre la commission qu’elle est bonne, l’État Algérien peut vous prêter énormément d’argent pour « lancer » votre affaire. L’idée est de créer une nation d’entrepreneurs. Pourquoi penser comme ça ? Parce que :

  1. Majoritairement la population algérienne est jeune (moins de 30 ans)
  2. L’Algérie est aujourd’hui en bonne voie du fait de l’argent étranger. Elle cherche donc à créer des compétences et des produits « made in Algeria » afin de couper sa dépendance à ces mêmes pays étrangers.

Étant Français, vivant la crise française de plein fouet, et étant moi-même dans le cas de l’entrepreneur, je dois vous avouer que tout cela fait envie. Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour vous faire comprendre qu’ici les banques sont quelque peu réticentes à l’idée de prêter plus qu’un stylo.

Bien entendu, je ne vais pas nier que le programme souffre des mêmes limitations que celles citées en première partie. La corruption est présente et celles et ceux qui cherchent à accélérer leur dossier peuvent le faire en graissant la patte aux bonnes personnes.

En conclusion

Que tout cela ne vous aveugle pas. Les pays dits « en voie de développement » arrivent doucement à une certaine forme de maturité. Les démons (au sens propre comme au figuré) d’hier restent présents, mais ils savent que leurs jours sont comptés.

L’Algérie devient de plus en plus stable économiquement et surtout politiquement. Les partenariats d’aujourd’hui participent à stabiliser encore plus ce pays. Les dix dernières années ont été bénéfiques pour l’Algérie comme pour ces partenaires. En bref, et si le progrès économique ne devient pas le seul progrès qui compte, je pense que les 10 prochaines vont être plus que bénéfiques pour l’Algérie et peut-être le Maghreb entier.

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