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Mohamed MOURAS

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J’aime ces moments, je suis allongé et tu es prêt de moi, nous dormons nus l’un contre l’autre, il fait chaud, le ventilateur tourne. Notre bébé commence à s’impatienter, il veut rejoindre ses parents dans leur lit. Il veut finir sa nuit avec ses parents. Je ne sais pas quel âge il a exactement. Je ne sais pas si c’est un « il » ou « elle »…

Je suis en prison…462 jours que je fais le même rêve. J’observe un couple avec leur enfant. Je ne les connais pas et je ne crois pas qu’ils me connaissent. Ils ont l’air heureux. Lui est noir, elle est indienne…je crois. Ils sont tous les deux beaux. Je me demande ce que cela peut bien faire de ressentir ce qu’ils ressentent ? On m’a dit qu’on ressentait une chaleur dans la poitrine, que c’était agréable de sentir cette chaleur.

Il est l’heure d’aller au travail. Je n’aime pas particulièrement ce travail, je crois que le chef de service croit que je suis devenu quelque peu idiot. Je ne sais pas très bien où il est allez chercher une idée pareil. Je fais mon travail du mieux que je peux et selon moi, c’est le plus important.

462 jours que j’ai eu mon accident de moto et depuis mon travail s’appelle : tétraplégique a plein temps. Je ne peux plus rien bouger sauf mes yeux. C’est la seule manière que j’ai de m’exprimer, ma mère est la seule personne qui soit restée auprès de moi. Mon père a quitté ma mère, il disait que ma condition était trop dur à supporter pour lui…c’est vrai que c’est à lui qu’on change les couches quatre fois par jour depuis 462 jours…pfff. Ma fiancée est partie, elle disait que ma condition était trop dur à supporter pour elle…je crois qu’elle a fait ce qu’il fallait faire pour son propre bonheur.

Ma prison s’appelle corps humain. Un corps qui me redonne ma liberté tous les soirs et que je regagne tous les matins à mon reveil. Depuis mon accident, je fais le même rêve encore et encore mais je ne sais pas ce qu’il signifie, en fait j’ai appris à aimer ce rêve…il me fait rêver. Je crois que quelque part il me donne ce que je ne peux pas avoir, il me donne des sentiments que je ne peux pas ressentir. Enfin je peux les ressentir, j’ai même cru a plusieurs reprises être tombé amoureux d’une de mes infirmières, une fois je suis même tombé amoureux d’un des infirmiers…c’est pour dire a quel point j’ai besoin de distraction !

Ma vie n’est pas fatigante, elle est épuisante. Je sais que c’est paradoxale mais pas tant que cela lorsque l’on y réfléchit. Du temps où je possédais mon corps, mes activités physique (je ne parle pas seulement d’exercices physique) faisaient que mon cerveau pouvait se reposer. Maintenant que mon corps me possède, ma seule distraction réside dans mon imagination. J’ai vite appris que si mon monde intérieur devait s’apparenter a mon monde extérieur, la folie finirait par me gagner. J’ai en revanche toujours du mal à arrêter mon activité mental. J’y arrive parfois mais pas tout le temps.

J’ai donc appris à construire un monde où je peux absolument tout faire. Tenez, prenez les infirmières (encore elles les coquines), aucune ne peut me résister, j’ai eu des aventures avec absolument chacune d’entr-elles. C’est minable, je sais…

Un bruit…encore et toujours le même bruit. Je crois que c’est chaque fois a la même heure, mais bon comme je ne peux pas vraiment vérifier l’heure je ne peux que me fier a mon ressenti. Je me sens partir…mes yeux sont lourds, le bruit s’intensifie et pourtant mes yeux continue a se fermer. Pas de chance mon infirmière préféré vient juste de rentrer dans ma chambre pour me changer…il fait noir !

J’ouvre les yeux, 462 jours que je fais ce même foutu rêve de tétraplégique. Il est l’heure d’aller au boulot, la sonnerie du bipper que l’hôpital m’a donné il y a 462 jours va finir par me rendre fou…

Credit: leslecturesdeliyah

Mohamed MOURAS

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